Mémoire du séminaire de Karaté à Matsudo

Nous sommes partis 9, le 16 avril 1999 au matin, de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, vers Tokyo, au Japon. Nous sommes revenus 7, le 3 mai 1999. Outre la perte en effectif, étions-nous réellement les mêmes ? A propos des deux disparus, pas d’inquiétude : il s’agit d’une petite escapade en Thaïlande pour une semaine de tourisme !
Guy, notre Sensei, encadrait le groupe ; pour l’équipe de Haute-Saône : Patrice (Sensei), Daniel, Cyril, Hervé, Gerald ; pour Toulouse : Pierre (Sensei) ; pour la région parisienne : Thierry et moi-même.
Notre destination : SinMatsudo, banlieue est de Tokyo, où se situe le dojo de Patrick Rault Sensei, disciple de Maître Nakamura, en Shorin Ryu EnBouKan.
Notre but : améliorer notre Karaté, dans un style que nous découvrons depuis un an et découvrir la culture qui a engendré l’art martial que nous pratiquons depuis nombre d’années.
Le vol à l’allée se passe sans histoire : repas insipide, mais adorables hôtesses de KLM (histoire de nous préparer au type oriental !), films suivis entre deux sursauts de sommeil grâce à des casques HI-FI diffusant en simultané la bande originale et le vol du bourdon.

kamakura

L’arrivée

Le premier aperçu du Japon est l’arrivée à l’aéroport de Narita. Déjà, nous sentons que le monde a changé : sons feutrés, densité élevée d’individus de petite taille, à la peau jaune pâle et aux yeux étirés vers l’extérieur du visage, langage incompréhensible utilisé par ces même personnages. Il semble manquer quelque chose à ces hommes et femmes, que nous croisons de temps à autres dans les villes de France : l’appareil à clic-clac en bandoulière. Surprise, ce greffon les a quittés pour venir nous parasiter !
Sitôt arrivé, sitôt dépaysé. Heureusement, notre berger Patrick est là, avec son précieux assistant Saïkawa San, pour nous convoyer en minibus vers ce qui sera notre repère pour le séjour : l’hôtel ShinMatsudo. Cet hôtel, en banlieue non touristique, est tenu par un personnel charmant, mais frappé d’un affreux handicap : il ne s’exprime qu’en japonais ! Cela allait nous devoir des scènes mémorables de dialogues de sourd.
L’équipe du restaurant, sous l’hôtel, où nous prenons les petits déjeuners, beaucoup moins gracieuse, se régale chaque matin au jeu du « On va encore les ….er, ces idiots de blancs, en leur servant tout sauf ce qu’ils veulent ». Il va sans dire que le nom du jeu est ici traduit en romajis.

Le pot de bienvenue

isenotaifu

Le samedi soir, le maître du séminaire (Patrick Rault, pour ceux qui ne suivent pas) nous organise une petite plongée linguistique, sur le lieu même de nos futures souffrances, parmi des autochtones, dont certains parlent anglais et parfois français (enfin un peu). Ces rencontres nous mettent d’amblé dans le bain. Le dialogue ne sera pas de la tarte.

Le début du séminaire

L’entrée en matière s’effectue le lendemain dimanche avec une journée chargée en entraînement. Nous découvrons, lors du cours des enfants, une joyeuse bande de petits en karaté gi, aussi curieux de nos physionomies que nous des leurs.
Voici le cours de langue, visant à décontracter les enfants. L’apprentissage de mots usuels vaut aussi bien pour les petits en français que pour nous même en japonais.

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Shu Ha Li : les 3 étapes de l`apprentissage
Remarque : Vous trouverez dans le glossaire la définition des termes japonais.

Les chansons

Nous apprenons deux chansons enfantines et la fameuse Sakura, dont voici les paroles :

La chanson de la grenouille :

Kaeru no utaga
Kikoe te kuru yo
Kwa kwa kwa kwa
Gero gero gero gero
Kwa kwa kwa

La chanson des fleurs :

Saïta saïta
Tulipu no hanaga
Naranda naranda
Aka, shiro, kiiro (rouge, blanc, jaune)
Dono hana mitte mo
Kirei_ Dana

Sakura :

Sakura sakura
Yayoi no sora wa
Miwatasu kagiiri
Kasumi kakumoka
Ni yo izo izuru
Isaya isaya
Miniyuka n__

Nous apprenons aussi quelques expressions :
« Kikazaru mizaru izaru » = je n’ai rien entendu, rien vu, je ne dirais rien (symbolisée par 3 singes, l’un se masquant les yeux, l’autre les oreilles, le dernier la bouche).

Dojo Kun

kokoro

Kokoro

Le cours de Karaté des enfants débute par la récitation des règles du Dojo – Dojo Kun :

  1. Arigato to yu kansha no kokoro = Toujours dire merci avec sincérité
  2. Sumimasen to yu hansei no kokoro = Toujours s’excuser avec l’intention profonde de ne pas recommencer
  3. Hai to yu tsunao na kokoro = Toujours dire « Oui » d’un coeur pur
  4. Okagesama de to yu kenkyo na kokoro = Toujours dire « Grâce à vous » avec humilité
  5. Watashi ga shimasu to yu hoshi no kokoro = Etre toujours volontaire en ayant à coeur de faire
  6. Ryoshin no yu koto o yoku kikimasu = Tenir compte de ses parents (à l’usage particulier des enfants)
  7. Keijime o tsukeru = Un temps pour jouer, un temps pour être sérieux (à l’usage particulier des enfants, quoique…)

Points Clé

Voici une compilation des points fondamentaux qui requièrent notre vigilance à tout moment de la pratique (kihon, kata, kumite) :

  • Ancrage au sol par le verrouillage des pieds (étalés et non recroquevillés) avant toute technique
  • Connexion des bras (coudes pointés vers le bas et collés au corps)
  • Utilisation des hanches sur chaque technique
  • Menton rentré et tenue de la tête droite pour protéger la mâchoire
  • Poings solidement fermés (sauf sur techniques mains ouvertes !)
  • Bouche entrouverte pour faciliter le flux de la respiration sans blocage ni souffle rauque
  • Regard pointant vers les yeux de l’adversaire et l’englobant
  • Symétrie des énergies avant et arrière avec ikite aussi puissant que tsuki
  • Kime venant du tanden
  • Epaules basses calées en arrière et dos droit
  • Kamae permettant une protection rapide des 3 niveaux et poings menaçant jodan
  • Conservation de l’équilibre à chaque étape des déplacements
  • Défense chudan avec le poignet à hauteur de l’épaule
  • Lors du travail à deux, le sempai doit maintenir la pression sur le kohai

Echauffements

L’effort physique nécessite un échauffement préalable. Je regroupe dans l’échauffement trois séquences dont seulement la première est à proprement parlé un échauffement :
1. Jubi Ondo
2. Kihon Ichi
3. Kihon Ni
Jubi Ondo et Kihon Ichi (exercices statiques) se réalisent, conformément à l’esprit Enboukan (« Maison de l’art martial en cercle »), en cercles dans l’ordre d’ancienneté. Le nombre de cercles dépendra du nombre de pratiquants et de la place disponible. Au contraire, le Kihon Ni (exercices dynamiques) s’exécute en ligne.

Jubi Ondo

Les mouvements sont répétés par séries de 8, où le commandement est donné 4 fois (« Ichi, Ni, San, Shi ») puis repris par les élèves 4 fois à haute voix (« Go, Roku, Sichi, Hachi »). Seules les pompes sont exécutées par séquences de 10 entièrement commandées.
Echauffement debout : orteils, chevilles, hanches, rotation des genoux, flexion/extension des deux genoux, flexion d’une jambe en alternance.
Echauffement assis : flexion du buste sur les jambes tendues devant, soulèvement des talons par saisie des orteils, écart des jambes et assouplissement latéral, assouplissement frontal, battement des jambes en papillon, souplesse du buste en avant en papillon, croisement des jambes l’une tendue l’autre pliée regard derrière, pompes sur les kentos.
Echauffement debout : mae geri, yoko geri, kakato geri, hiza geri, esquive de balayage, tête.

Kihons

Les kihons, constituent le recueil des techniques de base. Ils peuvent être approfondis pendant tout le cours, tant leur maîtrise est indispensable. Le travail des kihons perfectionne les gestes et muscle le corps.

Coeur du cours

kanemasa

Après l’échauffement, viennent les exercices de fonds : kata, bunkai, ippon, nihon, sanbon et jiyu kumite.
Le Ko-Budo, bien qu’absent de l’enseignement de Maître Nakamura, a sa place dans le séminaire avec principalement le Bo (bâton) et le kata Shushi No Kon.

Calligraphie

Patrick Rault Sensei nous a emmenés chez son maître de calligraphie : Maître Tsuji Tamizo. Cette rencontre a marqué fortement nos mémoires.
Maître Tsuji nous a conviés à la Cérémonie du Thé, qu’il effectue avec un service de bols de sa création, où chaque pièce est unique. Ce personnage exceptionnel fabrique de ses mains les objets les plus divers avec des matériaux de récupération. De la sorte, il fait revivre les choses que d’autres considèrent comme mortes.
Maître Tsuji fît à chacun un magnifique cadeau : une calligraphie originale encadrée par lui-même avec grand soin. Celle que je reçus est « KO KI » : le dépassement de soi ». Elle correspond parfaitement à mon approche du karaté et plus généralement de la vie.

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